Histoire du cépage Gamay

GamayEst-ce le cépage le plus connu de tous? On serait tenté de le croire. C’est en tout cas celui qui possède la réputation la plus inégale : certains raffolent de sa fraîcheur, de son croquant, d’autres lui reprochent un excès de légèreté, parfois même son acidité…
Il faut dire que des vins nouveaux (Beaujolais ou Touraine) aux crus de Beaujolais, comme le Moulin-à-Vent, l’écart est tel qu’on a parfois du mal à croire que c’est un seul et même cépage qui bleuit les nappes en novembre et vieillit parfois des dizaines d’années dans nos caves.
Bien sûr, ces vins ne proviennent pas des mêmes clones de gamay et ne sont pas travaillés de la même façon. Mais leur variété démontre une fois encore l’influence énorme du terroir sur le type du vin, de façon tout aussi évidente que le ferait la diversité des types de pinot noir. L’histoire de ces deux cépages est d’ailleurs intimement liée.

Pinot noir et gamay : rivalité père/fils

Les gènes du gamay montrent qu’il descend du pinot noir et du gouais blanc, cépage très ancien introduit par les Romains il y a 2000 ans ou par les Huns au IVè siècle, très répandu au Moyen-Age et abandonné pour la très médiocre qualité de ses vins. Le gamay partagerait cette hérédité avec le chardonnay, l’aligoté, le melon, le saci, l’auxerroir et toute la famille des noiriens (INRA, Montpellier et University of California, Davis).
Il peuplait donc les vignes du duché de Bourgogne aux côtés pinot noir quand Philippe le Hardi décida qu’il nuisait à la qualité du vignoble et rendit le fameux décret de 1395, proscrivant le « très déloyault plant » au profit du pinot. C’est donc le pinot noir qui chassa le gamay de Bourgogne, où il n’est plus toléré que dans le Passetoutgrain et l’appellation régionale Bourgogne rouge.
Il trouva l’asile dans la Vallée de la Loire, en Ardèche, à Gaillac, et plus tard, en Italie, Nouvelle-Zélande, Suisse (dans le Pays de Vaud et la Dôle en Valais), Allemagne et Hongrie (le « gamay » de Californie, cultivé dans les comtés de Napa et de San Benito, n’a pas de liens de parenté avec notre cépage).
Mais c’est surtout sur les sols argilo-calcaires et granitiques du Beaujolais (98% de la surface cultivée) qu’il trouve ses accents les plus intéressants et les plus recherchés, ressemblant parfois étrangement aux Bourgognes rouges, au point qu’il est difficile de ne pas se tromper devant un Cru de dix ans… Une revanche sur l’histoire.

De part le monde et selon les époques, il se fait appeler de noms aussi différents que : Plant de la treille, Plant Châtillon, Petit Bourguignon, Plant Charmeton, Plant Monternier, Plant de Magny, Grosse Dôle, Burgundi kék, Burgundi nagyszemu, Blauer gamet, Schwarze melonentraube, Lyonnaise, Freaux hêtif, Blaufrankisch, Borgogna crna, Frankinja crna, Limberger…

Entre mode, tradition et avant-garde

Le gamay possède une grande capacité d’adaptation tout en se montrant extrêmement sensible au terroir. De là la diversité des crus de Beaujolais et les tentatives de vignerons comme Claude Courtois, du domaine des Cailloux du Paradis (Sologne), de révéler des types qui se distinguent par une matière ample, marquée par des accents puissants de cacao et de cerise noire et des élevages en fûts de chêne.

Bien sûr, nous avons tous rencontré cette gamme acidulée, le fameux goût de banane, des Beaujolais Nouveaux, emblème du Beaujolais à l’étranger, et archétype du vin nouveau. Obtenu par macération carbonique (méthode de vinification qui exacerbe le fruit) et souffrant parfois d’une sur-chaptalisation, c’est un vin léger, très léger, fait pour être bu dans le mois. Le gamay exprime ici sa vigueur (hauts rendements) et sa faible tanicité.
Le Beaujolais Nouveau cherche aujourd’hui un regain de succès en jouant sur son image de vin facile, destiné à un public jeune, alors que l’étranger se convainc de plus en plus difficilement de la nécessité de célébrer le troisième jeudi de novembre.

En revanche, des rendements maîtrisés et des méthodes culturales autorisant un échange optimum entre terroir et racines produisent des vins complexes (iris, griottes, poivre, épices, violette…) et dotés d’une personnalité pouvant varier de la finesse extrême, sur le granite de Chiroubles ou de Chénas, à la puissance des Morgons (schistes pyriteux riches en oxydes de fer et en manganèse), Fleuries ou Moulins-à-Vent (arènes granitiques). Certains d’entre eux affichent un grand potentiel de vieillissement et « pinotent » après quelques années en bouteille, gagnant cette gamme aromatique qui évoque gibier et sous-bois et séduit tant les amateurs de bourgognes.

Ces Crus sont souvent responsables d’une réconciliation du public avec le Beaujolais, et avec le gamay. Les tentatives de révélation de nouveaux types gagnent également bien des coeurs et des palais. Si certains producteurs peu scrupuleux ne continuaient pas à investir davantage dans les produits oenologiques que dans le travail dans les vignes, on serait tout prêt de croire que le gamay est en passe d’atteindre la reconnaissance que l’histoire ne lui a jusqu’à présent pas totalement accordée.

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