Armagnac, la part des anges Gascons

Grâce à un procédé unique de distillation, l’armagnac ravit les sens des gourmets depuis très longtemps. Visite d’un grand vignoble en terres gasconnes.

armagnacLe long cette ligne virtuelle appelée Ténarèze, la légende raconte que l’on peut aller des Pyrénées à l’Atlantique les pieds au sec. De part et d’autre de ces douces collines aux accents gascons, on verse dans les terroirs d’Armagnac, le haut à l’est et le bas à l’ouest. Essentiellement gersoise, cette zone géographique jouie d’une particularité exceptionnelle. Pas une autoroute, pas une seule grande ligne ferroviaire. Le bonheur est, ici, bel et bien resté dans le pré. De cet éloignement naturel des grands noeuds de communication, cette région a conservé sa vocation agricole et notamment son goût pour la vigne, hérité d’une longue implantation romaine. Des Celtes, elle a gardé le tonneau et des invasions arabes, cette terre d’Armagnac a su s’approprier l’alambic. Il était donc logique que la première eau-de-vie de France surgisse d’ici, sans doute dès le début du XVe siècle puisque le marché de
Saint-Sever, dans les Landes toutes proches, en atteste. Alors que les Anglais achètent les vins de Bordeaux, les négociants hollandais s’approvisionnent dans les autres vignobles gascons. Craignant la concurrence, les Bordelais interceptent les convois venus par voie de Garonne. C’est alors que les grands marchands des Pays-Bas trouvent un objectif commercial qui ne dérange en rien les barons de Bordeaux, celui de l’eau-de-vie.

CLASSIFICATIONS

VS ou 3 étoiles : 2 ans de vieillissement au moins
VSOP : 5 ans de vieillissement minimum
XO, Napoléon : 6 ans de vieillissement au-moins
Hors d’âge ou 10 ans d’âge : 10 ans de vieillissement min.
Millésimes : année de récolte (spécificité armagnacaise)

 

Au gré des années, la qualité fluctue et les vignerons commencent à stocker les bonnes années dans les fameux tonneaux hérités des Gaulois. Et là, miracle ! Cette eau-de-vie aux arômes naturellement subtils et floraux commence à se teinter d’une chaude couleur ambrée. Les arômes s’enrichissent de nouvelles variations. La légende de l’Armagnac est en route. Mais le XIXe siècle sera aussi celui de la grandeur et de la décadence. Après une période de croissance inouïe, ce vignoble est touché de plein fouet comme la plupart des autres en France par la maladie du phylloxéra. Avec foi et patience, les Gascons reconstruisent autour de leurs quatre mousquetaires, la célèbre
folle blanche, l’ugni-blanc et le colombard bien sûr, mais également un tout nouveau cépage, issu d’une hybridation, le baco. Après les premiers décrets délimitant la zone de production en 1909, l’Armagnac sera confirmé par une AOC dès 1936 et qui vient d’être entièrement revisitée. Une avancée importante puisqu’elle a permis de sauver définitivement le fameux baco mais aussi de s’ouvrir sur un nouveau produit savoureux, la Blanche Armagnac, réalisée à partir du cépage de la folle blanche.

CONTACT
Bureau National Interprofessionnel de l’Armagnac
Tél. 05 62 081 100
Fax 05 62 081 101
info@armagnac.fr
www.armagnac.fr

L’ABECEDAIRE DE L’ARMAGNAC
Cépage

La folle blanche

Cépage fragile et sensible à la pourriture, il fut sans doute le premier à avoir été distillé sur les terres d’Armagnac. Malgré ses défauts, il fut toujours conservé par des vignerons passionnés qui savaient tirer le meilleur parti de ce cépage aux arômes floraux subtils. Il dévoile véritablement son bouquet après dix années de vieillissement.

L’ugni blanc (ou saint-Emilion)

Environ 55 % de l’appellation. Très utilisé dans la vinification de vins blancs légers et acides, avec des arômes de banane, agrumes et citron, il est également utilisé dans la distillation des eaux-de-vie de cognac. Reconnu pour ses qualités de vigueur, ce cépage s’est naturellement imposé. Ses eaux-devie sont souvent fines et bouquetées.

Le colombard

Egalement utilisé pour la production des vins de pays des Côtes de Gascogne, ce cépage se distingue par son fort degré d’alcool. Difficile à maîtriser, il offre néanmoins des arômes fruités et épicés très appréciés.

Le baco blanc

Environ 25 % de l’appellation. Issu d’un croisement entre la folle blanche et le noah, ce cépage est le seul hybride autorisé dans une AOC. Mis au point par un instituteur landais, il est quasiment inexistant en dehors de la zone du Bas-Armagnac. Jeunes, ses eauxde-vie sont plutôt dures mais elles ont une aptitude remarquable au vieillissement.

Les six autres cépages

En marge des quatre mousquetaires, d’autres cépages peuvent entrer dans le processus de distillation. Il s’agit du jurançon blanc, de la clairette de Gascogne, du meslier saint-François, du plant de graisse et du mauzac, blanc ou rosé.

CONSERVATION

Une fois ouverte, une bouteille d’armagnac peut se conserver plusieurs années. Mais, à l’image de tous les spiritueux, cette bouteille doit être entreposée verticalement afin que l’alcool n’altère pas le bouchon.

DISTILLATION

Vinifiés de façon traditionnelle, les vins qui vont servir à l’armagnac ne font l’objet d’aucune addition de produit oenologique. Chaque année, de novembre à mars, ces vins sont distillés de façon continue dans l’alambic“armagnançais” (procédé unique). A la sortie de l’alambic, l’eau-de-vie incolore mais puissante titre entre 52 et 72 %. A ce stade, l’armagnac est encore plein de fougue mais il est déjà d’une grande richesse aromatique, très fruité (prune, raisin) et souvent floral (fleur de vigne ou de tilleul).

TERROIRS

Bas-Armagnac

Implantées sur des sols sablolimoneux, dits aussi sables fauves, les vignes qui se situent autour d’Eauze produisent des eaux-de-vie fruitées, délicates, légères et très réputées.

Armagnac-Ténarèze

Autour de Condom, les vignes plantées sur un sol argilo-calcaire donnent des eaux-de-vie riches, corsées et qui demandent un vieillissement prolongé.

Haut-Armagnac

Lorsque la demande a cru au cours du XIXe siècle, cette partie située au sud et au nord d’Auch a été plantée en vignes. Le sol est plutôt calcaire. On y produit de très bons armagnacs jeunes et l’aptitude au vieillissement est faible.

VIEILLISSEMENT

Après la phase de distillation, l’armagnac entame dans les chais sa période de vieillissement. Peu à peu, il s’enrichit de nouveaux arômes (vanille, fruits confits, pruneaux,…) dans de grandes pièces de chêne d’une contenance de 400 litres. Il prend une couleur de plus en plus ambrée et l’évaporation naturelle d’alcool (la“part des anges”) permet de baisser le degré pour atteindre un minimum de 40 % vol.

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